jeudi 13 septembre 2012

Akira Yoshimura, le Convoi de l'eau


Chers Amis du Potager,

Damned, Francis a encore frappé. C’est en effet sur ses conseils avisés que je me suis penchée sur le Convoi de l’eau, d’Akira Yoshimura. Et bien m’en a pris.

Il y a quelques années, j’avais lu la Jeune fille suppliciée sur une étagère, du même auteur. Outre son titre fabuleux, je garde un bon souvenir de courte nouvelle. Du coup, sitôt em-PAL-é, sitôt lu.

Au cours de la seconde guerre mondiale, un B-29 de l’armée américaine s’est écrasé dans une gorge perdue des montagnes japonaises, aux abords d’un hameau oublié de tous. Quelques années plus tard, grâce à un survol en hélicoptère, les ingénieurs d’une compagnie électrique s’avisent que cette vallée encaissée, irriguée par un torrent au débit important, ferait un emplacement idéal pour le lac de retenue d’un barrage hydroélectrique.

Des ouvriers sont donc envoyés sur place, pour tâter le terrain (au sens propre). Au terme de 5 jours de marche forcée au travers d’une sombre forêt, le narrateur et la soixantaine d’ouvriers qui l’entoure, arrivent enfin au but. Et la beauté de l’endroit le frappe, avec son torrent ronflant, son hameau de vieilles maisons aux toits pentus recouverts de mousses, son pont de terre, son temple et son impressionnant cimetière qui, contre toute attente et toute logique économique dans un lieu où la terre arable est rare, donc précieuse, occupe une longue partie plane de l’étroite vallée, où le printemps s’accompagne de l’apparition d’une multitude de petites rainettes d’un joli vert.

Pourtant, les relations entre les ouvriers et les quelques 300 habitants du hameau sont réduites au strict minimum. On s’épie de loin, on se prévient du début des travaux de dynamitage, et c’est tout. Ces deux mondes pourraient évoluer en parallèle, sans jamais se croiser, mais les travaux dans la montagne ne peuvent que se répercuter sur la silencieuse communauté locale. Et que le hameau exerce une attraction involontaire, tantôt émue, tantôt haineuse, sur les ouvriers.

Au cours d’une cohabitation sur presqu’un an, le narrateur, qui traîne derrière lui quelques casseroles (pour ne pas dire de bonnes grosses marmites), va s’apaiser au contact de ce hameau moussu, retrouver une sérénité que les menaces d’expropriation pourraient mettre à mal.

Je n’en dirai pas plus (j’ai déjà été bien bavarde).

C’est un récit extrêmement fort, extrêmement beau, pleine d’une poésie sans pathos, pleine d’une humanité douce-amère, qui trouve son aboutissement dans les dernières pages, où le titre trouve enfin sa résonnance.

C’est aussi l’histoire de la rédemption d’un homme, d’une lutte contre la fatalité, d’une résistance qui ne dit pas son nom. Une histoire d’amour aussi, d’une certaine façon.

En résumé, c’est à lire absolument.

Mademoiselle Potiron

Le Convoi de l’eau (mizu no soretsu – 1976 – trad. Yukata Makino), par Akira YOSHIMURA, Babel 174 pages, 6,60 euros

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